Le mercredi 24 juin 2026 à 18:59
Le principal suspect dans la mort de Lyhanna, 11 ans, à Fleurance (Gers), encourt désormais la réclusion criminelle à perpétuité. Le procureur de la République d'Agen, Olivier Naboulet, a annoncé ce mercredi 24 juin avoir pris un réquisitoire supplétif contre Jérôme Barella, après réception du rapport d'autopsie qui conduit, combiné aux analyses biologiques, à conclure à la commission d'un viol sur la fillette. Le magistrat a précisé que la cause exacte du décès n'a, à ce stade, pas pu être déterminée.
Dans son communiqué, le procureur a indiqué avoir pris "ce jour un réquisitoire supplétif contre Jérôme Barella" sur deux qualifications criminelles : "meurtre sur mineure de quinze ans, précédé ou accompagné d'un viol" et "viol sur mineure de quinze ans par violence, contrainte, menace ou surprise". Jusqu'ici, l'information judiciaire avait été requalifiée en meurtre sur mineure de moins de 15 ans, fait qui exposait le suspect à 30 ans de réclusion criminelle. "En l'état de cette qualification criminelle, c'est la réclusion criminelle à perpétuité qui est encourue", a souligné le procureur.
Cette actualisation fait suite à la réception, le 22 juin, du rapport d'expertise d'autopsie médico-légale. Les opérations ont été menées par trois médecins-légistes, experts inscrits près la cour d'appel de Versailles, au sein du département de médecine légale et d'odontologie de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) à Pontoise (Val-d'Oise). Après les opérations de levée de corps, la dépouille de Lyhanna avait été héliportée jusqu'aux locaux de l'institut. Ce rapport est à mettre en lien avec celui des experts du département des expertises génétiques du même institut.
La fillette a manifestement été ligotée
Au terme de leurs travaux, les experts ont conclu qu'"à l'issue des examens réalisés, la cause du décès ne peut pas être déterminée avec certitude". Des examens complémentaires en anatomopathologie ainsi qu'une analyse toxicologique sont nécessaires et toujours en cours. Leurs rapports n'ont pas encore été portés à la connaissance des magistrats, "les processus scientifiques mis en œuvre" étant "nécessairement longs", selon le parquet.
L'autopsie a toutefois permis plusieurs constatations. Les médecins-légistes ont relevé l'absence de lésion traumatique cervicale visible et l'absence de lésion traumatique interne permettant d'expliquer le décès. Ils ont en revanche observé des lésions ecchymotiques aux membres supérieurs et inférieurs, "hautement évocatrices de lésions d'entrave provoquées par des liens, contraignant les bras, avant-bras, poignets et chevilles". Ces marques "restent superficielles et ne sont pas impliquées dans le mécanisme mortel", ont précisé les experts. Le parquet a souligné qu'au moment de la découverte du corps, Lyhanna "n'était pas entravée de liens". Des contusions ont par ailleurs été observées à la bouche, compatibles avec des traumatismes contondants ou par frottements survenus avant le décès.
L'ADN du suspect retrouvé sur la fillette
Ce sont ces constatations, "combinées avec les analyses biologiques précédentes", qui ont amené le parquet "à conclure à la commission d'un viol sur la victime". Le viol avait été révélé le 18 juin par BFMTV, de source proche du dossier. Une information que nous avions également confirmée d'une même source. L'ADN de Jérôme Barella a été retrouvé sur des zones intimes de la fillette, selon cette source.
Âgé de 41 ans, Jérôme Barella a été mis en examen pour enlèvement et séquestration de mineure de moins de 15 ans, puis placé en détention provisoire le 1er juin. Ce père de famille, qui connaissait personnellement Lyhanna et ses parents, conteste jusqu'ici toute implication. Il est par ailleurs visé par plusieurs plaintes pour des faits de viol et d'agressions sexuelles sur mineurs, et avait été signalé à la police par un organisme antipédocriminalité américain.
Une plainte pour «une cinquantaine de viols» déposée en 2025
Un pré-rapport de l'inspection générale de la justice et de l'inspection générale de la gendarmerie nationale, rendu public le 22 juin, a en outre pointé les défaillances ayant entouré le traitement d'une plainte pour viols déposée contre Jérôme Barella en 2025, alors qu'une garde à vue requise n'avait jamais été réalisée.
Plusieurs mois avant la disparition de Lyhanna, Jérôme Barella était déjà visé par cette plainte. Rosa, une fillette de 10 ans, avait dénoncé une cinquantaine de viols qui lui étaient imputés. Tout a commencé le 18 août 2025, lorsque la mère de l'enfant a conduit sa fille aux urgences de l'hôpital des enfants de Purpan, à Toulouse (Haute-Garonne), après les révélations qu'elle venait de lui faire. La plainte a été formellement déposée le 22 août à la brigade de gendarmerie de Plaisance-du-Touch. Dès les premières vérifications, les enquêteurs ont constaté que le mis en cause était déjà connu du fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ) pour des faits similaires.
La gravité avait été identifiée d'emblée. "Nous avons conscience que nous sommes sur un profil inquiétant, déjà connu pour une affaire de viol et le voyant rouge s'allume", avait confié le directeur d'enquête aux inspecteurs, jugeant les faits dénoncés "crédibles". Pourtant, une fois la procédure transmise dans le Gers, elle "n'a pas été traitée comme une procédure prioritaire", a relevé la mission d'inspection. Jérôme Barella n'avait jamais été entendu sur ces faits lorsque Lyhanna a disparu, le 29 mai 2026, à la sortie de son collège de Fleurance. Le corps de la collégienne a été retrouvé le 4 juin dans un silo agricole à Puycasquier.
Estimant que la justice n'avait pas agi malgré sa plainte, Audrey, la mère de Rosa, a engagé plusieurs procédures contre l'État pour faute lourde et au pénal, visant les enquêteurs, les procureurs de Toulouse et d'Auch, ainsi que le garde des Sceaux Gérald Darmanin. "Il est trop facile de dire que c'est l'État qui a failli, derrière l'État il y a des hommes et des femmes qui ont failli dans le cadre de ce scandale, des responsabilités doivent être déterminées", a déclaré son avocat, Me Pierre Debuisson.
Des procédures qui visent aussi le frère et le père du suspect
L'affaire a également mis en lumière d'autres procédures au sein de la famille. Le frère du suspect, Yannick Barella, a été mis en examen le 10 juin pour des viols présumés sur deux anciennes compagnes, dont l'une était mineure au début de leur relation, et placé sous contrôle judiciaire. Le père du suspect, âgé de 71 ans, est de son côté visé par une enquête rouverte.