EXCLUSIF. Règlements de comptes et fusillades : une nouvelle guerre des territoires à Marseille


Illustration. (photo Guillaume Bonnefont/IP3 Press/Maxppp)

EXCLUSIF ACTU17. La cité phocéenne est en proie à une explosion des règlements de comptes, sur fond de narco-banditisme, depuis plusieurs semaines. Dans la nuit de mardi à mercredi, un homme a été abattu et un second a été victime d’une tentative d’homicide. Une redistribution des points de deal pourrait expliquer cette effroyable escalade de violences. Révélations.

Les meurtres s’enchaînent à un rythme effréné. Et rien ne semble devoir arrêter cette spirale infernale qui endeuille un peu plus, chaque jour, Marseille et ses cités désœuvrées.
En treize jours, cinq jeunes hommes ont été abattus dans ce qui s’apparentent à des règlements de comptes entre trafiquants de drogue dans les quartiers Nord de la cité phocéenne. Et quatre personnes ont été sérieusement blessées. Sans que l’État et notamment la nouvelle préfète de police des Bouches-du-Rhône, Frédérique Camilleri, ne puissent y faire grand-chose.

La soirée de ce mardi 6 et la nuit de ce mercredi 7 juillet ont été particulièrement agitées. Hier soir, vers 22h45, de nombreux coups de feu ont retenti cité Font-Vert (14e). Les premières constatations ont établi que deux hommes, le visage dissimulé sous une cagoule, et munis d’un fusil Kalachnikov ont tiré à une vingtaine de reprises notamment en direction d’une épicerie de nuit. Une vingtaine d’étuis de calibre 9 mm ont également été découverts de l’autre côté de la même rue. « Le scénario d’un échange de tirs entre équipes rivales se dessinent », glisse une source policière.

Peu après minuit, dans la cité sensible Frais-Vallon (13e), Victor M., 27 ans, a été atteint d’une rafale de kalachnikov alors qu’il était au volant de sa Renault Mégane grise avant de décéder sur place. Douze douilles de calibre 7,62 mm ont été relevées sur la scène de crime.

Vers 01h40, la police est alertée après des détonations entendues sur la voie publique à hauteur de la Traverse de la Mère-De-Dieu (14e). Rapidement, un homme de 25 ans, inconnu des services de police, est découvert avec une plaie par balle à la main. Entendu, il explique que deux inconnus, encagoulés, montés sur un scooter, ont tiré dans sa direction à trois reprises. Trois douilles de calibre 7,65 mm ont été saisies.

Des fusillades à répétition depuis le 25 juin et des morts

Cette sanglante série a débuté, le 25 juin dernier, stade La Martine dans le 15e arrondissement. Ce jour-là, vers 20h30, un match d’un tournoi de football inter-cités vient de s’achever. Les équipes du quartier Malpassé (13e) et de la cité de La Solidarité (15e) en ont terminé lorsque plusieurs inconnus se dirigent vers deux joueurs qui se tiennent un peu à l’écart, avant de faire feu dans leur direction. Le premier, Younès L., 32 ans, est atteint par quatre balles en pleine tête. Il décèdera quelques minutes plus tard. Le second, Ali A., 29 ans, parvient à échapper aux premiers tirs, avant d’être rattrapé par ses agresseurs qui ne lui laissent aucune chance. Ils lui tirent deux balles au niveau du visage et deux autres dans l’abdomen. Avant de le laisser pour mort. Les auteurs prennent ensuite la fuite au volant d’une Peugeot 308 qui sera retrouvée, incendiée, quelques minutes plus tard dans une rue du 15ème arrondissement.

Le 28 juin, cité Bassens (15e), vers 23h45, le conducteur d’un scooter se présente à l’entrée d’un point de deal de ce quartier sensible. Il souhaite se fournir en résine de cannabis mais exige d’être servi par celui qu’il prétend être le « gérant » des lieux. Prévenu, ce dernier vient à la rencontre de ce client, accompagné d’un comparse. Arrivés à sa hauteur, le pilote du deux-roues exhibe une arme de poing et fait feu en direction des deux hommes. Driss B., 20 ans, est mortellement atteint de deux balles au niveau du thorax et du cou. Son complice, légèrement blessé à un bras, parvient à s’abriter avant d’être secouru.

Dès le lendemain, vers 4 heures du matin, cité Frais-Vallon, Elyès B., 23 ans, originaire de la région parisienne, est atteint par une balle en pleine tête, par un tireur monté dans une Peugeot 3008, avant de décéder.

Enfin, le 5 juillet, peu avant 5 heures du matin, cité des Hirondelles (13e), une femme alerte les secours : elle a été touchée à quatre reprises par des balles dans le dos, mais sans que ses jours ne soient en danger. C’est une victime collatérale. Sabri O., âgé de 34 ans, la véritable cible, gît au sol, littéralement fauchée par une rafale de fusil d’assaut Kalachnikov.

Les policiers s’attendent à un « été meurtrier »

Saisis de l’ensemble de ces homicides, les enquêteurs de la brigade criminelle de la direction zonale de la police judiciaire (DZPJ) de Marseille s’attendent à vivre un « été meurtrier ». « On avait déjà eu des prémices d’une reprise des hostilités en début d’année et là, ça se confirme clairement », souffle un policier.

Selon les informations d’Actu17, un suspect a été interpellé, le 1er juillet, pour le meurtre de Driss B., le 28 juin, cité Bassens. Décrit comme étant le meurtrier présumé, Hassen M., 20 ans, a été mis en examen avant d’être placé en détention provisoire, le 5 juillet.

Toujours selon les informations d’Actu17, l’assassinat et la tentative perpétrée sur le stade La Martine, le 25 juin, ont visé deux hommes qui auraient été affiliés à une redoutable équipe de trafiquants marseillais : le clan des A. Une fratrie, originaire des Comores, dont les cinq frères sont actuellement incarcérés et qui ont, pour la police, longtemps eu la main sur le trafic de drogue dans plusieurs cités du 13ème arrondissement telles que Les Cyprès, Les Lauriers et Les Cèdres. « Les deux hommes qui se sont fait tirer dessus sur ce stade sont soupçonnés d’avoir occupé une place importante au sein de l’organigramme de cette équipe dite des Blacks, confie une source judiciaire. Ce clan a longtemps été opposé à celui des Gitans, tenu par les frères B., eux aussi, incarcérés ».

Un autre conflit entre anciens « associés »

L’action criminelle menée au stade La Martine marquerait-elle le début d’une nouvelle guerre entre ces deux redoutables clans ? « Ces deux équipes se sont entre-déchirées au carrefour des années 2000 et ont laissé beaucoup de force dans cette opposition sans merci, poursuit la même source. Il est peu probable que ce soit le cas. »

En revanche, un autre conflit entre anciens « associés » semble avoir été clairement identifié par les enquêteurs de la crim’ de la DZPJ. « D’anciens membres d’une même équipe de trafiquants se seraient lancés dans une lutte intestine d’appropriation de territoire entre les 14e et 15e arrondissements, relate une source bien informée. Les points de deal des cités Bassens et de La Paternelle seraient notamment au cœur de ce conflit entre ex-associés ».