Marseille : Ce que raconte la plainte des policiers contre le député Sébastien Delogu

Le député La France insoumise Sébastien Delogu est accusé par trois policiers marseillais d'avoir entravé l'interpellation de son voisin de palier et de les avoir insultés. Le parlementaire dénonce à l'inverse des violences et conteste toute insulte. Une enquête de flagrance a été ouverte. Voici ce que l'on sait concernant cette affaire.
Marseille : Ce que raconte la plainte des policiers contre le député Sébastien Delogu
Sébastien Delogu à Paris, le 9 juillet 2024. (Victor Velter / Shutterstock)
Par Stéphane Cazaux
Le mercredi 26 août 2026 à 15:13

Trois policiers marseillais ont déposé plainte lundi pour outrage contre le député La France insoumise (LFI) des Bouches-du-Rhône Sébastien Delogu, qui a lui-même porté plainte contre X auprès du procureur de Marseille pour "violences volontaires et faits commis par des personnes se présentant comme fonctionnaires de police". Le parquet a ouvert une enquête de flagrance. L'altercation, révélée par BFMTV, s'est produite lundi 24 août dans le hall puis dans les étages de l'immeuble du 2e arrondissement marseillais où réside le parlementaire, alors que les fonctionnaires venaient interpeller son voisin de palier, soupçonné du vol d'une montre de luxe.

Les trois policiers appartiennent au service interdépartemental de sécurisation des transports en commun (SISTC). Ils se seraient rendus une première fois sur place dans la matinée, où ils auraient croisé une voisine qui aurait appelé Sébastien Delogu. Un contact téléphonique s'est alors noué entre le député et les fonctionnaires. "Une enquête de voisinage avait eu lieu le matin. Monsieur Delogu était au courant, il avait été en contact avec les policiers par téléphone et cela s'était très bien passé", a confirmé Bruno Bartoccetti, délégué national Un1té Zone-Sud, à France 3. Au cours de cet échange, l'élu de 39 ans aurait informé les policiers de la présence de caméras de vidéosurveillance dans le bâtiment. L'homme recherché étant absent, les fonctionnaires auraient rebroussé chemin.

Ce que raconte la plainte des policiers

Lorsqu'ils sont revenus, vers 15h30, la situation a pris une tout autre tournure. Les trois policiers, en tenue civile, affirment avoir été empêchés d'entrer dans l'immeuble par le député. Selon la plainte que nous avons pu consulter, celui-ci leur aurait indiqué avoir prévenu le mis en cause de leur passage. Les fonctionnaires auraient alors fait part de leur mécontentement et le ton serait monté.

Le parlementaire aurait traité l'un d'eux de "comique" à plusieurs reprises, tout en réclamant sa plaque, puis l'aurait qualifié de "fatigué". Il aurait fait valoir que l'immeuble était privé et aurait fait barrage de son corps pour empêcher la progression des policiers, qu'il aurait traités à deux reprises de "trou du cul". Le fonctionnaire plaignant assure que ses collègues avaient bien décliné leur qualité. Les agents lui prêtent également la formule "la République, c'est moi", reprise d'une phrase prononcée par Jean-Luc Mélenchon en 2018, lorsque l'accès aux locaux de La France insoumise lui avait été refusé pendant une perquisition.

La scène s'est poursuivie à l'étage, où vivent à la fois le député et l'homme recherché. L'ancien candidat à la mairie de Marseille y a filmé l'intervention et se serait de nouveau montré virulent. "Je ne suis pas un crasseux. Je suis élu de la République ! Vous savez qui je suis ? J'ai appelé la sous-préfète de police", aurait-il déclaré. Il aurait aussi affirmé faire ce qu'il voulait puisqu'il était chez lui. Attiré par le bruit, le suspect aurait ouvert sa porte. Il a été interpellé sans difficulté.

La version du député, à rebours de celle des fonctionnaires

Sébastien Delogu livre un récit radicalement différent dans un courrier adressé à la préfecture de police des Bouches-du-Rhône. Il y raconte être rentré à son domicile lorsqu'un homme inconnu, portant un sac à dos et une casquette, aurait "tenté de pénétrer vigoureusement" dans l'immeuble "en plaçant son pied dans l'ouverture" pour l'empêcher de refermer la porte. L'individu, qu'il décrit comme "particulièrement agité", lui aurait répondu appartenir à la police, mais "il n'était pas en uniforme et ne portait aucun signe distinctif apparent", écrit le député, qui affirme n'avoir jamais obtenu la carte professionnelle qu'il réclamait.

L'élu assure que le fonctionnaire l'a ensuite suivi dans l'immeuble en le "provoquant avec mépris et agressivité". "Devant ses collègues, il m'a dit que j'étais 'une merde', que je 'puais de la gueule' et qu'il était 'normal que tout le monde me déteste'", poursuit-il. Le policier aurait alors "appuyé son poing fermé contre [sa] poitrine et exercé une poussée violente". Plus tard, à son étage, l'un des agents "s'est dirigé vers mon logement et a refermé violemment la porte sur moi, avec une force telle que j'ai craint d'être blessé", dénonce le parlementaire. Il réclame l'ouverture d'une enquête, l'identité des fonctionnaires concernés et la saisine de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), et a demandé au gestionnaire de l'immeuble la conservation des images de vidéosurveillance.

Son avocat, Me Yonès Taguelmint, conteste la formule "la République, c'est moi" et souligne que l'altercation n'a opposé son client qu'à un seul des trois policiers, une carte n'ayant été présentée qu'après la montée du ton. Le conseil a demandé au parquet la réquisition des images de vidéosurveillance de l'immeuble et l'identification des trois fonctionnaires. Dans une vidéo publiée sur ses réseaux sociaux, puis reprise par plusieurs médias, Sébastien Delogu accuse à l'inverse les policiers de l'avoir traité de "trou du cul" et rapporte des remarques sur son haleine.

Syndicats et ministre de l'Intérieur montent au créneau

L'affaire a immédiatement suscité de vives réactions syndicales. "Quand on intervient, on n'a pas à se justifier lorsqu'on rentre dans un immeuble", a rappelé Bruno Bartoccetti, estimant que ses collègues "auraient pu relever une entrave à une intervention de police". Sur X, la secrétaire nationale du syndicat Un1té, Linda Kebbab, a mis en cause le comportement de l'élu : "Est-ce que Sébastien Delogu a mis la vie des policiers en danger et a fragilisé le dispositif ? Oui, ses vociférations ont alerté et fait sortir l'auteur recherché de son appartement, heureusement sans arme et coopérant à son interpellation."Elle affirme également que les fonctionnaires avaient indiqué leur qualité, "puisqu'il leur demande leurs 'plaques' en retour".

Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, est lui aussi intervenu. "Avec La France insoumise, c'est toujours de la faute des autres", a-t-il écrit, rappelant que les policiers intervenaient pour interpeller l'auteur d'un vol en flagrance et que la vidéo dont des extraits circulent constitue "une pièce d'enquête couverte par le secret". "J'apporte évidemment mon soutien aux forces de l'ordre qui doivent pouvoir exercer leur fonction partout et en toutes circonstances, et à tout le moins y être aidées par un élu de la République", a-t-il ajouté.

Sébastien Delogu doit par ailleurs comparaître le 21 octobre devant le tribunal correctionnel de Marseille pour avoir diffusé sur Instagram, à l'automne 2024, des documents privés appartenant à l'avocat Isidore Aragones, ancien président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) de Marseille. Il y est poursuivi pour "recel de biens provenant d'un vol", "divulgation d'informations personnelles permettant d'identifier ou localiser une personne et exposant un risque direct d'atteinte à la personne" et "atteinte au secret des correspondances", des qualifications que sa défense conteste.

Le député a également été condamné en première instance, en février 2025, à 5 000 euros d'amende pour violences volontaires aggravées, après avoir été soupçonné d'avoir agressé un proviseur et une conseillère principale d'éducation en marge d'une manifestation contre la réforme des retraites, en mars 2023. Il a nié les faits et interjeté appel.

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