Fuite au Liban : Carlos Ghosn possédait 2 passeports français, dont un sur lui


Carlos Ghosn le 29 septembre 2016 à Paris. (Frederic Legrand - COMEO/Shutterstock)

L’ancien patron de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi était assigné à résidence au Japon. Dans ce cadre, la justice avait confié ses trois passeports, – français, libanais et brésilien – à ses avocats. Mais il en possédait un quatrième. En outre, il aurait fait escale en Turquie avant de prendre la direction du Liban.


Le mystère autour de la fuite au Liban de Carlos Ghosn, parti lundi soir du Japon, commence à se dissiper. Accusé au Japon de corruption notamment, et alors qu’il avait interdiction de quitter le territoire, le Français qui possède également les nationalités libanaise et brésilienne, est arrivé au Liban lundi à bord d’un jet privé en provenance de Turquie.

Deux passeports français

Carlos Ghosn était en possession d’un second passeport français, rapporte la chaîne publique japonaise NHK. Il le détenait sur lui dans une sacoche fermée à clé, avec l’accord de la justice japonaise.

La clé de cette sacoche avait été confiée à ses avocats, tout comme les trois autres passeports. Ces derniers en avaient la garde. La possession de ce second passeport français lui avait été accordée dans le cadre d’une autorisation exceptionnelle du tribunal de Tokyo.

Ce document faisait office de visa de court séjour dans l’archipel et il devait donc l’avoir à portée de main pour ses déplacements internes, relate une source proche du dossier à L’Express.


Sept personnes dont quatre pilotes arrêtés en Turquie

Une enquête a depuis été ouverte en Turquie et sept personnes ont été interpellées à Istanbul. Dans le même temps, une perquisition s’est déroulée dans l’habitation où vivait Carlos Ghosn à Tokyo, en liberté conditionnelle.

Parmi les suspects arrêtés, quatre sont des pilotes d’avion. Ils sont soupçonnés d’avoir aidé l’ancien patron de Renault à se rendre au Liban depuis un aéroport d’Istanbul, où il venait d’arriver à partir du Japon. Carlos Ghosn aurait emprunté un jet privé qui a décollé de l’aéroport de la région du Kansai.

Un avion de ce type s’est envolé le 29 décembre vers 23 heures, vers Istanbul rapportent plusieurs médias japonnais.

Un aéroport turc réservé aux vols privés

L’ancien dirigeant français se serait ensuite posé à l’aéroport Atatürk selon le quotidien turc Hürriyet. Il s’agit d’un aéroport fermé aux vols commerciaux, où les appareils privés transitent encore. C’est à partir de cet aéroport que M. Ghosn aurait ensuite décollé vers le Liban.

Par ailleurs, les autorités japonaises n’ont aucune information montrant que Carlos Ghosn a quitté le pays sous sa véritable identité. Il aurait quitté le territoire grâce à un « moyen illégal » indique NHK. Le Français aurait donc utilisé une fausse identité ou aurait tout simplement échappé aux contrôles.

L’un de ses avocats au Japon, Junichiro Hironaka, a confirmé ce mardi qu’il était bien en possession des trois passeports de son client (français, brésilien et libanais), sans évoquer le second passeport français.

« Nous n’extraderons pas M. Ghosn » indique la secrétaire d’État à l’Économie

Ce jeudi matin, la secrétaire d’État à l’Économie, Agnès Pannier-Runacher a indiqué au micro de BFMTV, que l’ex-patron de Renault ne serait pas extradé vers le Japon s’il revenait dans l’hexagone.

« Si M. Ghosn venait en France, nous n’extraderons pas M. Ghosn, parce que la France n’extrade jamais ses nationaux ; donc nous appliquons à M. Ghosn comme à Monsieur tout le monde les mêmes règles du jeu mais cela ne nous empêche pas de penser que M. Ghosn n’a pas à se soustraire à la justice japonaise ; simplement, c’est les mêmes droits pour tout le monde, la nationalité française est protectrice de ses ressortissants », a-t-elle déclaré.


« Je n’ai pas les mots pour qualifier cette fuite », a-t-elle ajouté. « Encore une fois, personne n’est au dessus des lois ».

Plusieurs inculpations

Carlos Ghosn est visé par plusieurs inculpations. Il est soupçonné d’avoir détourné à des fins personnelles 5 millions de dollars des caisses de Nissan, via un distributeur de la marque à Oman.

Mais aussi d’avoir effectué des déclarations inexactes de revenus de 2010 à 2018 et d’avoir fait couvrir par Nissan des pertes sur des investissements personnels lors de la crise économique de 2008. Des accusations toutes niées par le mis en cause.