Le mardi 3 février 2026 à 19:17
Le parquet a requis quatre ans de prison dont un an ferme, cinq ans d'inéligibilité et 100 000 euros d'amende à l'encontre de Marine Le Pen, mardi 3 février, au procès en appel de l'affaire des assistants parlementaires européens du Front national devant la cour d'appel de Paris. Après un réquisitoire de près de six heures, les avocats généraux n'ont pas demandé l'exécution provisoire de la peine d'inéligibilité, contrairement à la condamnation de première instance.
La justice reproche à Marine Le Pen, au Rassemblement national (RN) et à dix autres cadres du parti d'avoir mis en place un système de détournement de fonds européens. Entre 2004 et 2016, des salariés du Front national auraient été rémunérés avec l'argent du Parlement européen destiné à payer les assistants parlementaires, alors que le parti traversait des difficultés financières. Le 31 mars 2025, le tribunal correctionnel de Paris avait condamné la présidente du groupe RN à l'Assemblée nationale à quatre ans d'emprisonnement dont deux ferme, 100 000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité avec exécution immédiate. Sur les 25 condamnés en première instance, la moitié a fait appel.
Après onze jours de débats, l'avocat général Thierry Ramonatxo a souligné le rôle central de Marine Le Pen dans ce système. "Elle a signé les contrats. Elle ne peut pas nous dire qu'elle ignorait. Elle était avocate et juriste de formation", a-t-il déclaré, ajoutant qu'en sa qualité de présidente du parti, elle était "très étroitement informée" de toutes les questions relatives aux enveloppes des assistants. "Elle a eu un rôle central en tant qu'organisateur. C'est elle qui fixait les règles du fonctionnement interne", a-t-il insisté.
«On n'est pas dans une zone grise, on est en zone interdite»
Les deux représentants de l'accusation ont également dénoncé la stratégie des prévenus consistant à délégitimer la justice. "Laisser croire que la justice pourrait s'opposer à la volonté du peuple souverain est inexact, c'est oublier que le juge est le gardien de la loi, et qu'il ne fait que l'appliquer", ont-ils déclaré. "Les fonctions électives ne sont pas un refuge contre la loi, mais un sommet d'exigence", a prévenu l'autre avocat général, Stéphane Madoz-Blanchet.
Dans la matinée, les avocats du Parlement européen, partie civile, avaient dénoncé la "confiance trahie pendant des années, pour plusieurs millions d'euros". Me Bérénice de Warren a balayé l'argument des "zones grises" dans les règles du Parlement européen invoqué par les prévenus : "On n'est pas dans une zone grise, on est en zone interdite."
Face à ces accusations, Marine Le Pen a changé de stratégie de défense en appel. La députée du Pas-de-Calais a admis qu'un délit avait peut-être été commis involontairement, tout en contestant toute intention délictuelle. "Si un délit a été commis, et tout le monde semble dire qu'un délit a été commis, je veux bien l'entendre. Mais je veux que la cour d'appel sache qu'en ce qui nous concerne, nous n'avions aucun sentiment d'avoir commis le moindre délit", a-t-elle déclaré.
La cour d'appel rendra sa décision d'ici l'été. Seule une peine d'inéligibilité inférieure à deux ans permettrait à Marine Le Pen de se présenter à l'élection présidentielle de 2027.