Attentat à Trappes : «Trappes est un repaire d'islamistes», le suspect mis en examen admet avoir choisi ses victimes

Entendu à six reprises lors de sa garde à vue, l'homme de 39 ans a admis avoir préparé son attaque depuis début septembre et choisi ses victimes en fonction de leur origine ou de leur religion supposée. Il rejette toute intention terroriste et affirme n'éprouver aucun regret.
Attentat à Trappes : «Trappes est un repaire d'islamistes», le suspect mis en examen admet avoir choisi ses victimes
Olivier Christen lors de sa conférence de presse, le 29 octobre 2026.
Par Actu17
Le jeudi 29 octobre 2026 à 19:59

Le suspect de l'attentat de Trappes et La Verrière (Yvelines), Kévin T., a été mis en examen ce jeudi, notamment pour assassinat et tentatives d'assassinats en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance aggravante raciste. L'attaque, perpétrée le 23 octobre sur huit sites, a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi, un homme de 26 ans, et fait sept blessés. Lors d'une conférence de presse ce jeudi matin, le procureur national antiterroriste Olivier Christen a indiqué que le suspect de 39 ans reconnaissait désormais avoir prémédité les faits et ciblé ses victimes en raison de leur origine ou de leur religion supposée. Il conteste en revanche toute intention terroriste.

La garde à vue de Kévin T. a été levée ce jeudi à 00h30, au terme de six jours d'enquête de flagrance. Le PNAT a ouvert dans la foulée une information judiciaire des chefs d'assassinat et tentatives d'assassinats en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance que les faits ont été commis à raison de l'appartenance vraie ou supposée des victimes à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée. Elle vise aussi la tentative de destruction du bien d'autrui par un moyen dangereux pour les personnes en relation avec une entreprise terroriste. Elle porte également sur l'acquisition, le transport et la détention non autorisée de matériel de guerre, arme, munition ou de leurs éléments de catégories A et B en relation avec une entreprise terroriste. Enfin, l'association de malfaiteurs terroriste en vue de la préparation d'un ou plusieurs crimes d'atteinte aux personnes a été retenue.

Les investigations se poursuivent désormais sous la direction de "trois juges d'instruction antiterroristes du tribunal judiciaire de Paris, cosaisis". À 17 heures, le PNAT a annoncé "la mise en examen de l'intéressé des chefs visés au réquisitoire introductif".

L'assaillant «admettait avoir spécifiquement ciblé des personnes»

Après la reprise de sa garde à vue lundi, Kévin T. a été entendu à six reprises par les enquêteurs de la sous-direction antiterroriste (SDAT), "systématiquement" assisté d'un avocat. Il "reconnaissait toujours la matérialité de cette action criminelle, précisant avoir tiré en mode rafale", a détaillé Olivier Christen. "Il reconnaissait désormais la préméditation de ces faits."Le suspect "admettait avoir spécifiquement ciblé des personnes", a poursuivi le magistrat, en reprenant ses propos : "de type musulman ou africain, nord-africain". Il a expliqué avoir choisi Trappes car, selon ses mots, "Trappes est un repaire d'islamistes". Un revirement par rapport à lundi, lorsque le procureur avait indiqué qu'il contestait le caractère raciste de ses crimes.

"Il contestait en revanche toute intention terroriste, considérant son action comme légitime", a ajouté Olivier Christen. "S'il réfutait avoir voulu tuer des enfants, indiquant avoir pu se méprendre au regard de la taille de la victime de 11 ans, il déclarait toutefois n'éprouver aucun regret."

Une attaque préparée depuis début septembre

Les investigations ont mis en évidence "la très grande préparation de l'action criminelle", selon le procureur. Dès le 3 septembre, puis au cours du mois, Kévin T. a acquis "plusieurs éléments d'armes de nature à renforcer l'efficacité tactique du pistolet-mitrailleur Sten", ainsi qu'un brassard police et des menottes. Il a également mis de l'ordre dans ses affaires personnelles, en remboursant notamment ses dettes familiales. Le 21 octobre, "soit deux jours avant les faits", il a supprimé l'ensemble de ses comptes sur les réseaux sociaux et revendu son ordinateur portable. Il avait aussi caché son téléphone.

Ces deux appareils, "dont la recherche a nécessité de très nombreuses investigations", ont été retrouvés le 27 octobre et transmis au service national de la police scientifique (SNPS). "Leur exploitation, qui n'a pu dès lors être réalisée dans le cadre de la flagrance, interviendra ultérieurement", a précisé le magistrat.

La perquisition menée au domicile du suspect, à Plaisir, a par ailleurs permis la découverte, notamment, d'un chargeur, de deux poings américains, d'une baïonnette en acier et d'un silencieux. Les enquêteurs y ont aussi trouvé plusieurs livres, dont un Coran, une Bible et "Mein Kampf". Le suspect avait piégé cet appartement avec un dispositif relié à deux minuteurs, comme l'avait détaillé le procureur lundi.

Des autocollants «apocryphes»

Dans un tiroir, les policiers ont mis la main sur 30 autocollants portant la mention "Vive la France, RN, fier d'être français", 99 autres frappés de l'inscription "100% français/vive la France" et 98 dédiés au "Soutien aux forces de l'ordre". "Je précise que ces autocollants sont apocryphes", a insisté Olivier Christen. Kévin T. "indiquait avoir dessiné lui-même les autocollants découverts à son domicile, puis en avoir commandé leur fabrication via Amazon, il y a plus d'un an". Lundi, le magistrat avait déjà souligné qu'aucun tract d'un parti politique n'avait été découvert dans la Renault Clio du suspect.

Lors de ses auditions, le trentenaire s'est déclaré célibataire et a expliqué occuper un emploi à temps plein en CDI depuis cinq ans. Il "précisait n'être adhérent ou sympathisant d'aucun parti politique". Interrogé sur des photographies retrouvées sur le site France Palestine, "datées du 21 février 2018", et sur des réunions "Stop Pub" où il apparaissait, "il se reconnaissait et indiquait qu'il avait, à un certain moment de sa vie", selon ses termes, "infiltré les gauchistes".

Le diagnostic de schizophrénie relativisé

Sur le plan médical, Kévin T. a fait état de "problèmes psychologiques et psychiatriques ainsi que d'une forte consommation de stupéfiants dès l'âge de 13 ans, ce que confirmaient les membres de son entourage familial et amical". Il a été hospitalisé en psychiatrie lorsqu'il avait environ 25 ans et suit un traitement depuis. Il a indiqué être suivi par un médecin, auprès duquel son dossier médical a été saisi. Il a assuré ne pas être en rupture de traitement le jour des faits. Les premières analyses toxicologiques ont révélé, outre de la cocaïne et du cannabis, "plusieurs molécules apparaissant cohérentes avec la prise des médicaments antipsychotiques et antidépresseurs prescrits sur une ordonnance découverte à son domicile".

Le procureur a rappelé la conclusion du psychiatre de l'infirmerie psychiatrique de la préfecture de police (IPPP), déjà évoquée lundi : le suspect ne présentait pas les signes cliniques d'une pathologie psychiatrique aliénante décompensée pouvant justifier une hospitalisation sous contrainte. Selon le médecin, qui a qualifié de "légère" la posologie de l'antipsychotique pris quotidiennement par le suspect, "le diagnostic de schizophrénie allégué par Kévin T. était davantage une interprétation de l'intéressé qu'une conclusion médicale". Le suspect avait affirmé aux enquêteurs être traité pour cette maladie.

Plus de 200 personnes mobilisées

En six jours, 111 victimes ou témoins ont été entendus, 370 scellés constitués et 74 téraoctets de vidéos saisis, "à ce stade partiellement analysés". Plus de 200 personnes ont été mobilisées, dont 47 policiers de la SDAT, 52 enquêteurs et techniciens de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et 52 fonctionnaires de police technique et scientifique du service interdépartemental de police judiciaire (SIPJ) des Yvelines. Le RAID, la brigade de recherche et d'intervention antiterroriste (BRIAT) de la SDAT et le service national de la police scientifique d'Écully (Rhône) ont également été engagés. Les investigations ont été dirigées par sept magistrats du PNAT, "réunis en cellule de crise depuis vendredi".

Sept personnes ont été blessées, dont quatre grièvement. "Trois d'entre elles sont encore hospitalisées à l'heure où je vous parle, et le pronostic vital de l'une d'entre elles demeure engagé", a indiqué Olivier Christen. La cellule d'urgence médico-psychologique installée à la mairie de Trappes reste active et a déjà reçu 132 personnes. Elle est joignable au 116 006. Un comité local d'aide aux victimes se tiendra dès la semaine prochaine, sous la présidence du préfet des Yvelines et du procureur de la République de Versailles, en présence d'un représentant du PNAT. Le Fonds de garantie des victimes du terrorisme a également été saisi.