Attentat de Mulhouse : l'assaillant, Brahim A., mis en examen et écroué

L’assaillant qui a tué un passant et blessé six autres personnes à Mulhouse (Haut-Rhin) le 22 février a été mis en examen et placé en détention provisoire ce mercredi. Le parquet national antiterroriste (PNAT) a ouvert une information judiciaire pour "assassinat" et "tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste". L’auteur, en situation irrégulière, avait déjà été condamné pour "provocation à un acte de terrorisme".
Attentat de Mulhouse : l'assaillant, Brahim A., mis en examen et écroué
Illustration. (Guillaume Bonnefont / IP3 Press / Maxppp)
Par Actu17
Le mercredi 26 février 2025 à 22:21

Brahim A., un Algérien de 37 ans en situation irrégulière, a été mis en examen et placé en détention provisoire mercredi 26 février après l’attaque au couteau perpétrée samedi à Mulhouse (Haut-Rhin). L’attaque, menée aux cris de "Allah Akbar", a causé la mort d’un passant et blessé six autres personnes, dont trois policiers municipaux. Le parquet national antiterroriste (PNAT) a ouvert une information judiciaire des chefs d’"assassinat en relation avec une entreprise terroriste", "tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste, commises sur personnes dépositaires de l’autorité publique", "violences sur un agent de police municipale suivie d’incapacité supérieure à 8 jours avec arme et en relation avec une entreprise terroriste" et "violences sur un agent de police municipale suivie d’incapacité n’excédant pas 8 jours avec arme et en relation avec une entreprise terroriste".

Selon le communiqué du PNAT, l’attaque a débuté samedi vers "15h45" aux abords du "marché du canal couvert de Mulhouse". Brahim A. a d’abord agressé "deux agents de surveillance de la voie publique (ASVP)" à l’arme blanche, alors qu’ils effectuaient un contrôle dans le secteur. Il a ensuite poursuivi sa route et attaqué "un passant, client du marché", lui assénant un coup de couteau mortel.

Dans sa fuite, il a été repéré par "un équipage de deux policiers municipaux à moto", rue de Strasbourg. Toujours selon le PNAT, il s’est alors "réfugié dans la cour d’une habitation" avant d’en ressortir armé "d’un balai et d’un tournevis", avec lesquels il a agressé un policier municipal. Plusieurs témoins l’ont entendu crier "Allah Akbar" et l’ont vu "prier en pleine rue".

Poursuivi par les policiers municipaux, il a ramassé et lancé "plusieurs projectiles, notamment un morceau de bitume", en direction des forces de l’ordre. Lors de son interpellation, il a asséné "des coups de poing et de balai" aux policiers et "mordu l’un d’eux". Les constatations réalisées sur place ont permis de "saisir un couteau de type Laguiole, un caillou et un balai", tandis qu’"un tournevis et une paire de ciseaux" ont été retrouvés en sa possession.

Un bilan humain lourd

D’après le PNAT, l’attaque a fait "six blessés" en plus de la victime décédée. Parmi eux, "deux agents de surveillance de la voie publique" ont été touchés, l’un "à la carotide, la clavicule et au dos, avec une incapacité totale de travail de vingt jours", et l’autre "au niveau du pectoral, avec trois jours d’incapacité". Un policier municipal a été grièvement blessé après avoir reçu "des coups de bâton, de tournevis et de pierre", entraînant "une incapacité totale de travail de trente jours". Trois autres policiers municipaux ont également été violentés lors de l’interpellation de l’assaillant, avec "des incapacités de travail de dix, deux et un jour". "Plusieurs autres agents ont été fortement choqués par les événements".

La victime, Lino Sousa Loureiro, un Portugais né en 1955, est morte après avoir reçu "un unique coup de couteau au thorax", selon les conclusions de l’autopsie réalisée le 24 février.

Un suspect déjà condamné pour des faits liés au terrorisme

Le communiqué du PNAT précise que "Brahim A. avait été condamné le 11 décembre 2023" par le tribunal correctionnel de Mulhouse à "six mois d’emprisonnement et une interdiction du territoire français pendant 10 ans" pour "provocation à un acte de terrorisme". Ces faits avaient été commis le 5 novembre 2023. Incarcéré le 7 novembre 2023, il avait été libéré après avoir purgé sa peine le 18 mars 2024, avant d’être immédiatement placé en centre de rétention administrative (CRA) en vue de son expulsion.

Le PNAT rappelle que Brahim A. est en situation irrégulière en France "depuis son arrivée en 2014". Il s’était vu notifier une "obligation de quitter le territoire français (OQTF)" le 7 novembre 2023, assortie d’une "interdiction de retour en France". Toutefois, "faute de laissez-passer consulaire", la cour d’appel de Paris a ordonné sa remise en liberté le 19 juin 2024, estimant qu’il n’y avait "pas de perspective d’expulsion dans un délai raisonnable".

Après sa libération, Brahim A. avait été "placé sous assignation à résidence pour un an", par arrêté du préfet du Haut-Rhin. Le Premier ministre, François Bayrou, a dénoncé "l’obstruction de l’Algérie", qui aurait refusé "dix fois" de reprendre son ressortissant, ce qu’il a qualifié d’"inacceptable".

Un profil psychiatrique sous surveillance

D’après le PNAT, "une expertise psychiatrique réalisée en 2023" dans le cadre de sa précédente condamnation avait déjà conclu à une "absence d’abolition ou d’altération du discernement". Il avait toutefois bénéficié "d’un suivi pour troubles psychiatriques pendant son incarcération".

L’examen psychiatrique mené après l’attaque du 22 février 2025 a confirmé qu’il "n’a pas agi dans un cadre délirant" et que son état était "compatible avec la garde à vue". Son avocate, Me Julia d’Avout d’Auerstaedt, insiste néanmoins sur la nécessité d’"une nouvelle expertise psychiatrique", estimant que "ce volet ne doit pas être occulté par la dimension politique du dossier".

Les deux frères et l’hébergeur de Brahim A., initialement placés en garde à vue, ont été relâchés, le PNAT expliquant qu’il n’y avait "pas d’éléments permettant, à ce stade des investigations, de caractériser leur implication dans le projet criminel terroriste".

L’instruction devra désormais préciser les motivations exactes de l’assaillant et les circonstances de son passage à l’acte. Depuis le Salon de l’Agriculture, le président de la République, Emmanuel Macron, a qualifié les faits "d’acte de terrorisme islamiste", affirmant que cela "ne fait pas de doute".