Le samedi 21 mars 2026 à 23:43
La cour d'assises de la Corrèze a condamné, samedi 21 mars, Lucas Larivée, 24 ans, à une peine de 30 ans de réclusion criminelle, assortie d'une période de sûreté de 20 ans, pour le viol et le meurtre de Justine Vayrac. La jeune femme de 20 ans, étudiante aide-soignante et mère d'un enfant de deux ans, avait été tuée dans la nuit du 22 au 23 octobre 2022, au retour d'une soirée en discothèque à Brive-la-Gaillarde (Corrèze). Au terme de six jours d'audience et de près de six heures de délibérations, le jury n'a pas suivi les réquisitions de perpétuité formulées par le parquet. Lucas Larivée a également été condamné à un suivi socio-judiciaire et sera inscrit au fichier des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes (FIJAIS).
Cette nuit-là, Justine Vayrac, qui vivait à Tauriac (Lot), était sortie en discothèque avec des amis. Fortement alcoolisée, elle avait quitté l'établissement pour prendre l'air, accompagnée d'un ami prénommé Théo. Lucas Larivée, une connaissance avec qui elle avait échangé des messages au cours de la soirée, les avait alors rejoints et avait insisté pour rester auprès de la jeune femme. Peu avant 4 heures du matin, les deux avaient quitté ensemble la discothèque pour se rendre chez le jeune homme, à Beynat, à une trentaine de kilomètres de Brive. C'est dans sa chambre qu'il l'a violée, frappée, puis étranglée.
Le corps de Justine Vayrac, une ficelle bleue autour du cou, avait été retrouvé enterré près du domicile de l'accusé quatre jours plus tard, après que ce dernier eut lui-même indiqué l'emplacement aux enquêteurs lors de sa garde à vue. L'autopsie avait révélé des plaies au visage, une fracture du nez et des hématomes compatibles avec un viol.
«Une mécanique machiavélique et glaçante»
Rapidement entendu par les policiers, Lucas Larivée avait d'abord livré plusieurs versions mensongères, inventant notamment un personnage fictif prénommé "Noé", qu'il avait présenté comme l'auteur d'un rapport forcé et de coups portés à Justine Vayrac. Un récit fictif qui correspondait pourtant aux constatations scientifiques. "Ce mensonge ne vous dédouane pas, au contraire, il vous accable", a lancé l'avocate générale Émilie Abrantes à l'adresse de l'accusé. Les expertises ont par ailleurs attesté de projections de sang dans la chambre et de coups portés à la victime. Au cours du procès, une seconde jeune femme prénommée Manon a témoigné avoir été étranglée par Lucas Larivée lors d'un rapport sexuel dans le même lit, deux heures seulement après la mort de Justine. Après les faits, le jeune homme avait fait preuve d'un sang-froid décrit comme "cynique" par le parquet, rassurant ses amis par téléphone avant d'enterrer le corps.
Au terme d'un réquisitoire de près de 02h30, l'avocate générale a requis la réclusion criminelle à perpétuité, assortie de 22 ans de sûreté. Émilie Abrantes a décrit un accusé ayant mis en place "une mécanique machiavélique et glaçante", restant "prisonnier de ses mensonges" tout au long du procès. Elle s'est appuyée sur les conclusions des experts psychiatres, qui ont décrit Lucas Larivée comme un sujet présentant une personnalité psychopathique, aux "capacités d'empathie très limitées". "Je vous demande de garder en tête que Lucas Larivée ne pourra pas changer", a-t-elle déclaré aux jurés. "Justine Vayrac a subi un supplice. Cette sanction devra le rappeler à Lucas Larivée et à notre société", a conclu la magistrate. "C'est la seule peine qui m'apparaît juste."
La défense plaide l'accident lors d'un jeu sexuel
Me Michel Labrousse, avocat de la défense, a plaidé pendant près de quatre heures, demandant l'acquittement de son client pour le viol et défendant la thèse de l'homicide involontaire lors d'un jeu sexuel. Selon lui, la mort de Justine Vayrac serait consécutive à un étranglement à mains nues, dans le cadre de la pratique du "choking", et non à une strangulation par lien comme l'ont affirmé les experts. L'avocat a également vivement contesté l'expertise psychiatrique, rappelant que dans un précédent dossier d'incendie volontaire, pour lequel Lucas Larivée avait été condamné à deux ans de prison ferme, "l'expert psychiatre avait conclu que Larivée ne présentait aucun profil psychopathique. Comment peut-on dire tout l'inverse aujourd'hui ?"Il a qualifié le nouveau rapport d'expertise de "torchon" et a demandé aux jurés de ne retenir que la qualification de coups mortels.
Vendredi, lors de son dernier interrogatoire, Lucas Larivée avait qualifié son geste d'"irréparable" et d'"impardonnable". "Je ne me pardonnerai jamais", avait-il déclaré en larmes, le regard tourné vers les parents de Justine, tout en maintenant sa version de l'accident.