Mort de Lyhanna : Gérald Darmanin engage une procédure disciplinaire contre le substitut du parquet d'Auch

Le garde des Sceaux a annoncé des sanctions avant la fin de l'été contre le substitut du parquet d'Auch et lui a retiré son habilitation sur les dossiers de mineurs, au lendemain d'un pré-rapport accablant sur le suivi d'une plainte visant le suspect du meurtre de Lyhanna.
Mort de Lyhanna : Gérald Darmanin engage une procédure disciplinaire contre le substitut du parquet d'Auch
Gérald Darmanin sur le plateau de TF1 ce lundi 23 juin 2026. (capture écran vidéo)
Par Actu17
Le mardi 23 juin 2026 à 01:56

Gérald Darmanin a annoncé l'ouverture d'une procédure disciplinaire à l'encontre du substitut du procureur d'Auch (Gers), invité du journal télévisé de 20 heures de TF1 ce lundi 22 juin. Le garde des Sceaux s'exprimait après la publication du pré-rapport des inspections de la justice et de la gendarmerie, qui met en cause la manière dont a été suivie une précédente plainte déposée contre Jérôme Barella, unique mis en cause dans la mort de la jeune Lyhanna. Le ministre a promis des sanctions avant la fin de l'été, a retiré au magistrat son habilitation sur les dossiers de mineurs et a défendu son action en revendiquant "un avant et un après".

"Comme l'a fait le ministre de l'intérieur [Laurent Nuñez] pour les gendarmes, j'engage une procédure disciplinaire qui sera rendue avant la fin de l'été pour engager des sanctions qui seront à la hauteur des défaillances graves constatées pour le substitut du parquet d'Auch", a déclaré Gérald Darmanin. Le magistrat, "d'après ce rapport, a démontré des défaillances extrêmement importantes", a-t-il pointé.

Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) doit au préalable être saisi pour déterminer si une faute a été commise. "Le conseil supérieur de la magistrature me rendra son avis sur la proposition de sanctions que je lui proposerai à la fin de l'enquête administrative", a poursuivi le garde des Sceaux. Le magistrat a en outre perdu son "habilitation à mener des enquêtes et traiter des dossiers s'agissant des mineurs", selon l'entourage du ministre cité par l'AFP. Une démission, là encore, n'est pas envisagée.

Des «défaillances personnelles» pointées du doigt

Pour Gérald Darmanin, les manquements relevés dans cette affaire ne tiennent pas, dans ce cas précis, à un défaut de moyens. "Elles ne sont pas dues dans le cas très précis à des manques de moyens ou à des problèmes quelconques, elles sont dues, me semble-t-il pour les gendarmes et la magistrature, à des défaillances personnelles", a avancé le ministre. Le pré-rapport, remis ce même lundi à Matignon, souligne que "l'urgence n'a pas été prise en compte" dans le traitement de la plainte déposée en août 2025 par la mère de Rosa, une fillette de 10 ans au moment des faits, qui accuse Jérôme Barella d'une cinquantaine de viols. Les magistrats, eux, mettent en avant un déficit chronique de moyens, particulièrement au tribunal d'Auch, où se concentrent les ratés relevés.

Interrogé sur sa propre responsabilité, le garde des Sceaux a reconnu des manquements collectifs. "[La mienne] est de mettre une pression saine, en respectant l’État de droit, sur les procureurs généraux. Avons-nous tous bien fait ? La réponse est non", a-t-il concédé. "Bien sûr que non, si je n'ai pas réussi à sauver cette petite fille. Évidemment que nous avons tous à nous remettre en cause, comme les procureurs généraux, comme les procureurs de la République, comme les substituts, comme les services de police et de gendarmerie."Le ministre a fait valoir l'envoi de circulaires demandant que les plaintes pour crimes sur mineurs soient considérées comme prioritaires : "Est-ce que la plainte a suivi ma circulaire ? La réponse est non. Le rapport le dit. Cette plainte malheureusement a été traitée comme un crime ordinaire alors que c'était un crime sur enfant."

«Un avant et un après» revendiqué par le ministre

Assurant qu'il y a "un avant et un après", Gérald Darmanin a détaillé plusieurs chiffres depuis l'ouverture de l'affaire. Après la mort de la collégienne, le garde des Sceaux avait réclamé le réexamen de 70 000 plaintes pour violences sexuelles sur mineurs avant le 14 juillet. Il a dénombré 1 243 gardes à vue pour des atteintes sur mineurs sur les sept derniers jours. "À Lyon, le parquet m'a fait savoir qu'il y avait eu un doublement de gardes à vue sur les atteintes concernant les mineurs", a-t-il illustré. Une source gouvernementale a par ailleurs recensé, auprès de l'AFP, "134 détentions provisoires, présentées par les magistrats et acceptées par les juges d'application des peines". Pointant "une succession de défaillances aussi graves", le ministre a annoncé revoir les "process" de son ministère.

Dans la matinée, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait promis de ne pas se "défausser" devant "une vérité d'une extrême gravité", selon ses mots, révélée par les deux inspections générales, celle de la gendarmerie nationale et celle de la justice. Le pré-rapport, qui pointe un cumul de pertes de temps et une absence de suivi de la procédure, tant du parquet que de la gendarmerie, doit être suivi d'un rapport intermédiaire le 10 juillet, puis de conclusions définitives le 5 septembre.