Le coronavirus «bien plus grave» que la grippe, «on finit par avoir également des formes critiques chez des jeunes» lâche un médecin


Le Pr Pierre-Yves Gueugniaud, chef du service SAMU/SMUR-69, le 12 mars 2020. (Illustration/PHOTOPQR/LE PROGRES/MAXPPP)

Les médecins ne cachent plus leurs inquietudes face à l’épidémie de coronavirus qui progresse désormais rapidement en France ces derniers jours, mais également en Europe et dans le monde. De jeunes patients sans pathologie sont pris en charge en service de réanimation français prévient l’un d’eux, qui rappelle que le Covid-19 ne touche pas que les personnes âgées.


Le coronavirus continue à inquiéter les professionnels de santé. Plusieurs médecins et praticiens interrogés par Le Parisien se montrent désormais catégoriques et mettent en garde, notamment vis à vis de cette comparaison avec la grippe, qui est régulièrement faite ces dernières semaines.

« On s’est trompés, il faut arrêter de les comparer, c’est bien plus grave », explique Gilles Pialoux, professeur des Universités et chef de service de l’unité des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Tenon à Paris (APHP).

86% des patients qui sont décédés de la grippe entre 2011 et 2019 étaient âgés de plus de 75 ans rappelle le quotidien francilien, contre 50% pour les morts du Covid-19 en Chine.

« Il n’est plus rare de voir des jeunes de 30 ou 40 ans, sans pathologie »

« Les patients arrivent de partout », insiste-t-il. « Sans faire peur, il faut mettre les gens face à la réalité », poursuit le praticien. « Les Chinois ont montré qu’un patient peut aller bien et d’un coup, la deuxième semaine, au 8e ou 10e jour, il se retrouve en réanimation », détaille Gilles Pialoux.


La moyenne d’âge des patients pris en charge à l’hôpital a également évolué, tout comme leur profil. « Il n’est plus rare de voir des jeunes de 30 ou 40 ans, sans pathologie », rapporte le chef de service. Même constat du côté d’une infirmière exerçant en hôpital, interrogé par Le Parisien : « On a des jeunes, sans antécédents médicaux, dans un état gravissime ».

Lors de son allocution télévisée ce jeudi soir, Emmanuel Macron a lui aussi évoqué une seconde vague qui touchera des patients plus jeunes. « Il faut se préparer à une deuxième vague qui touchera, un peu plus tard, des personnes plus jeunes a priori moins exposées à la maladie mais qu’il faudra soigner également ».

Pour Jean-Michel Constantin, secrétaire général adjoint de la Société française d’anesthésie et de réanimation, cette situation est liée au fait que la contamination est très forte. Selon lui, le virus n’est pas en train de muter mais se répand vite, c’est la raison pour laquelle de plus en plus de patients arrivent en réanimation. Toutefois, la majorité des patients (80%) dans un état grave après avoir été contaminés par le Covid-19 s’en sortent.

Reste à savoir si l’ensemble des malades dans un état grave pourront être pris en charge par les hôpitaux et les services de réanimation, ce qui n’est pas le cas en Italie ces derniers jours où le taux de létalité dépasse les 6% selon les derniers chiffres officiels. « On a de la marge, on n’est pas pris de cours », affirme Jean-Michel Constantin.

La France placée en quarantaine ?

336 services de réanimation avec en moyenne 8 lits existent en France et les services français ont eu « l’avantage » d’avoir plus de temps pour se préparer en pouvant tenir compte du développement de la crise en Italie.

« Il faut confiner », réclame de son côté Eric Caumes, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, au Parisien. « On a toujours un train de retard. Arrêtons de courir après l’épidémie », ajoute le médecin pour qui la mise en quarantaine de la France est probable. « De toute façon, on va y arriver. C’est certain. »