Manifestation à Paris : une infirmière interpellée pour avoir jeté des projectiles sur la police à l’origine d’une polémique


Une infirmière âgée de 50 ans a été interpellée après avoir lancé des projectiles sur les forces de l'ordre. (captures écran vidéos BFMTV/Remy Buisine)

Une infirmière a été interpellée durant la manifestation du personnel soignant ce mardi à Paris, provoquant une polémique, notamment sur les réseaux sociaux.

Nouvelle polémique visant la police après l’interpellation filmée d’une infirmière au cours de la manifestation des soignants à Paris, ce mardi après-midi. L’événement qui a rassemblé 18 000 personnes selon la préfecture de police s’est déroulé dans le calme jusqu’à 15 heures. Les soignants ont de nouveau réclamé plus de moyens ainsi que des recrutements, entre autres.

Des individus au visage dissimulé et vêtus de noir, se sont ensuite introduits dans le cortège et s’en sont pris aux forces de l’ordre, commettant de nombreuses dégradations. Une voiture a notamment été retournée et un autocar attaqué.

Policiers et gendarmes ont ensuite essuyé de nombreux jets de projectiles durant près de 2 heures et les BRAV-M (Brigades de répression de l’action violente motorisées) ont été déployées pour venir épauler les unités mobiles, notamment les CRS et les gendarmes mobiles présents, ainsi que les policiers de la Direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC). Durant ces violences, un policier a été roué de coups au sol par plusieurs individus.

Au moins 32 interpellations

Au cours de ces violents incidents, la police a interpellé au moins 32 personnes a précisé la préfecture de police de Paris. Parmi elles, une infirmière dont l’arrestation sur l’esplanade des Invalides (VIIe) a été filmée, provoquant une polémique, notamment sur les réseaux sociaux.

« Je suis infirmière, je fais de l’asthme », répète cette dernière âgée de 50 ans, domiciliée à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), alors qu’elle est interpellée et menottée par une policière et son collègue. La scène est filmée en direct par Remy Buisine, journaliste du média Brut. « Je veux ma ventoline », réclame-t-elle ensuite. Des images visionnées près de 2 millions de fois. L’intervention a été qualifiée de « violente » par certains observateurs.


Un périmètre de sécurité est alors mis en place autour des policiers et leur interpellée, afin que personne ne puisse s’opposer à l’arrestation et qu’aucun projectile ne puisse les atteindre. Une méthode habituelle qui n’a rien d’exceptionnel souffle un policier qui était engagé sur la manifestation hier.

Les forces de l’ordre ont en effet été la cible de nombreux jets de cailloux, notamment au moment de l’interpellation de cette femme, comme le montre une vidéo d’un journaliste indépendant.

La quinquagénaire est ensuite conduite rapidement jusqu’au commissariat du VIIe arrondissement où elle a été placée en garde à vue pour violences volontaires sur personne dépositaire de l’autorité publique, avec armes par destination, outrages et rébellion, selon une source policière.

Comme chaque personne placée en garde à vue et en conformité avec la loi, un médecin et l’assistance d’un avocat lui ont été proposés.

Sa fille réagit sur Twitter et s’indigne

« Cette femme, c’est ma mère. 50 ans, infirmière, elle a bossé pendant 3 mois entre 12 et 14 heures par jour. A eu le Covid. Aujourd’hui, elle manifestait pour qu’on revalorise son salaire, qu’on reconnaisse son travail. Elle est asthmatique. Elle avait sa blouse. Elle fait 1m55 », s’est indignée sa fille sur Twitter, en montrant une autre vidéo de l’interpellation. Son tweet a été partagé près de 80 000 fois.

« Rien ne justifie de TOUTE FAÇON une telle interpellation. Pas quand on est désarmée, pas en blouse, pas quand on fait 1m55, pas face à autant de robocop. Non, non et non », poursuit la jeune femme qui est journaliste.

Des images montrant l’infirmière qui jette des projectiles

Plusieurs autres vidéos ont été diffusées en début de soirée, notamment par BFMTV, et montrent l’infirmière interpellée qui jette deux projectiles, qui seraient des cailloux, sur les forces de l’ordre, avant de faire des doigts d’honneur. Des images qui caractérisent indiscutablement les faits pour lesquels la mise en cause pourrait être jugée dans le cadre d’une comparution immédiate, ce jeudi. Par ailleurs, plusieurs policiers ont déposé plainte dans cette affaire.

Dans la soirée, un rassemblement réclamant la libération de l’infirmière de 50 ans a été organisé devant le commissariat du VIIe arrondissement, en présence notamment d’Eric Coquerel, Mathilde Panot et Danièle Obono, députés de La France Insoumise (LFI). « Libérez Farida l’infirmière », a écrit leur chef de file Jean-Luc Mélenchon, sur Twitter.

« Les policiers font au mieux pour l’extraire rapidement, pour des raisons de sécurité »

« On essaie d’instrumentaliser cette interpellation et de l’utiliser pour opposer le personnel soignant à la police », déplore Loïc Walder, délégué du syndicat UNSA Police en charge du 3ème district. « Cette femme n’a pas été interpellée car elle est infirmière, elle a été arrêtée en tant que personne, en flagrant délit ».

Concernant les accusations de violences durant l’interpellation, le syndicaliste se veut clair. « Je ne crois pas que l’interpellation a été violente. Il fallait intervenir rapidement pour éviter que mes collègues soient violemment pris pour cible comme ce fut le cas à plusieurs reprises hier », explique-t-il. « L’interpellée ne se laisse pas menotter et les policiers font au mieux pour l’extraire rapidement, pour des raisons de sécurité. On a vu ce qui s’est passé avec mon collègue qui est resté derrière à un moment, et qui s’est fait roué de coups alors qu’il était au sol ».

La violente agression de ce policier a également été filmée, par un journaliste indépendant. Le fonctionnaire a été blessé. Au moins 14 autres policiers ont été blessés durant les violences, selon nos informations. 38 CRS ont également été contusionnés.

« Ils nous ont volés la manifestation pacifiste unitaires »

« Les soignants ne sont pour rien aux violences sur la place des Invalides. Des groupes de toutes sortes ont été violents et ils ont mis le feu à des voitures et provoqué la police. C’est de manipulation de foule et ils nous ont volé la manifestation pacifiste unitaires », s’est exclamé le médecin urgentiste et écrivain Patrick Pelloux sur Twitter.