Le samedi 13 juin 2026 à 15:52
Dix ans après, la douleur reste intacte. Le 13 juin 2016, un soir d'été ordinaire, le commandant de police Jean-Baptiste Salvaing rentrait chez lui, à Magnanville (Yvelines), lorsqu'il a été attaqué à l'arme blanche devant son domicile par un terroriste islamiste. Quelques instants plus tard, sa compagne, Jessica Schneider, secrétaire administrative, était assassinée à l'intérieur de la maison. Leur fils, âgé de 3 ans, se trouvait là. Cet attentat, revendiqué par l'État islamique, a bouleversé la France entière et demeure, une décennie plus tard, une plaie ouverte pour la Police nationale.
Ce soir-là, aux alentours de 20 heures, Jean-Baptiste Salvaing a regagné son pavillon de l'allée des Perdrix, dans un quartier résidentiel de la commune. Larossi Abballa l'attendait, dissimulé derrière le portail du jardin, après avoir garé son véhicule à quelques mètres de là. Le commandant de police a été poignardé à deux reprises au moment où il pénétrait dans sa propriété. Parvenu à prendre la fuite, il a été rattrapé par son agresseur, qui lui a porté de nouveaux coups. Le fonctionnaire a eu le temps d'alerter ses voisins du danger et de les inciter à se mettre à l'abri, avant de succomber à ses blessures dans la rue, atteint de neuf coups de couteau à l'abdomen.
Prise d'otage et assaut du RAID
L'assaillant s'est ensuite retranché à l'intérieur de la maison. À l'arrivée des secours, il a fait savoir qu'il détenait la compagne du policier ainsi que leur enfant. La brigade anti-criminalité a rapidement évacué le quartier, tandis que le RAID et la BRI prenaient position. Des négociations se sont engagées avec le forcené, qui a menacé de faire exploser les lieux en cas d'intervention. Pendant la séquestration, Larossi Abballa a diffusé sur Facebook Live une vidéo d'environ treize minutes, dans laquelle il a revendiqué son acte et prêté allégeance à l'État islamique.
Les négociations ayant échoué, l'assaut a été donné dans la nuit. Le terroriste a été abattu vers 00h15. Les fonctionnaires du RAID ont découvert le corps de Jessica Schneider, la gorge tranchée, et retrouvé l'enfant indemne mais en état de choc.
Deux fonctionnaires de police, un assaillant déjà fiché S
Jean-Baptiste Salvaing, 42 ans, était commandant de police au commissariat des Mureaux. Sa compagne Jessica Schneider, 36 ans, exerçait comme secrétaire administrative à l'hôtel de police de Mantes-la-Jolie, où elle était affectée au bureau du personnel. L'auteur des faits, Larossi Abballa, né à Meulan-en-Yvelines, avait déjà été condamné en 2013 à trois ans d'emprisonnement, dont six mois avec sursis, pour son implication dans une filière djihadiste. Fiché S (sûreté de l'État, ndlr), il faisait l'objet d'une surveillance de la sous-direction anti-terroriste (SDAT) après sa sortie de détention.
⚫ #NoublionsJamais | Il y a 10 ans, le 13 juin 2016, Jean-Baptiste Salvaing et sa compagne Jessica Schneider étaient assassinés par un terroriste, à leur domicile à #Magnanville dans les Yvelines.
Respectivement commandant de police au commissariat des Mureaux et secrétaire… pic.twitter.com/eNKbXVJALE
— Ministère de l'Intérieur (@Interieur_Gouv) June 13, 2026
L'attaque a été revendiquée quelques heures plus tard par l'organisation État islamique, via son agence de propagande Amaq. Lors d'une conférence de presse, le procureur de la République de Paris, François Molins, a précisé que des couteaux, dont un ensanglanté, plusieurs téléphones et une liste de cibles mentionnant des policiers, des journalistes et des personnalités avaient été retrouvés. Le magistrat a souligné que "rien ne permettait de déceler la préparation d'un passage à l'acte violent".
Le drame a provoqué une vive émotion dans tout le pays. Le président de la République, François Hollande, a aussitôt dénoncé "un acte incontestablement terroriste". Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider ont été cités à l'ordre de la Nation et faits chevaliers de la Légion d'honneur à titre posthume. Leur fils, ainsi qu'un enfant né d'une précédente union du commandant, ont été placés sous le statut de pupille de la Nation. Le couple a été inhumé dans l'intimité au cimetière de Montagnac (Hérault), à proximité de Pézenas, ville dont était originaire le policier.
Un complice condamné à la réclusion criminelle à perpétuité
L'enquête a conduit à de nombreuses interpellations dans l'entourage du tueur. Mohamed Lamine Aberouz, ami d'enfance de Larossi Abballa, a été renvoyé devant la cour d'assises spéciale de Paris pour complicité. Une trace de son ADN avait été retrouvée sur l'ordinateur des victimes utilisé par l'assaillant. En octobre 2023, il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une période de sûreté de 22 ans, pour complicité d'assassinat sur personne dépositaire de l'autorité publique, complicité de séquestration d'un mineur de moins de 15 ans et association de malfaiteurs terroriste. Le 21 juin 2025, la même juridiction a confirmé cette peine en appel.
Dix ans après, l'hommage du ministre de l'Intérieur
À la veille du dixième anniversaire du drame, une cérémonie d'hommage a été organisée par le ministère de l'Intérieur. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a salué la mémoire du couple.
Le 13 juin 2016, un terroriste islamiste assassinait à leur domicile Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider, policier et agente administrative au sein des services de police.
C’était il y a dix ans mais notre douleur est intacte.
Je pense à leur fils présent au moment des… pic.twitter.com/V4IGv6QweA— Laurent Nuñez (@NunezLaurent) June 12, 2026
"Le 13 juin 2016, un terroriste islamiste assassinait à leur domicile Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider, policier et agente administrative au sein des services de police. C'était il y a dix ans mais notre douleur est intacte", a-t-il écrit. "Je pense à leur fils présent au moment des faits, à son frère, à leurs familles et à leurs collègues", a poursuivi le ministre, avant d'ajouter : "En ce jour où nous honorons leur mémoire, nous leur disons que nous ne les oublierons jamais et que nous continuerons à lutter."
Dix ans après, la Police nationale reste profondément marquée par l'assassinat de deux des siens.