«On a peur de dire qu'on est policier» : le témoignage d'un fonctionnaire de la BAC agressé à Tourcoing

Roué de coups et grièvement blessé lors d'une interpellation en septembre, un policier de la BAC de Tourcoing (Nord) sort du silence et alerte sur la violence croissante des jeunes envers les forces de l'ordre.
«On a peur de dire qu'on est policier» : le témoignage d'un fonctionnaire de la BAC agressé à Tourcoing
Illustration. (Alexandre Marchi / PhotoPQR / Maxppp)
Par Actu17
Le jeudi 29 janvier 2026 à 11:42

Un policier de la brigade anticriminalité (BAC) de Tourcoing (Nord), violemment agressé par cinq adolescents en septembre dernier, témoigne pour la première fois auprès de RMC. Toujours en arrêt de travail, il dénonce la banalisation de la violence envers les forces de l'ordre.

Le 11 septembre dernier, vers 18 heures, Louis, 52 ans et 27 ans de carrière dans la police, intervient pour aider un adolescent qui se fait voler sa trottinette par un groupe de jeunes. Lorsqu'il plaque l'un d'entre eux au sol pour l'interpeller, le reste du groupe se jette sur lui alors qu'il est agenouillé. Les coups pleuvent pendant une dizaine de secondes.

Ces quelques secondes lui laissent de lourdes séquelles. Nez cassé et déformé, pommettes enfoncées, dent arrachée, ligaments déchirés à l'épaule. "Je dois subir une chirurgie avec une rééducation assez longue", confie-t-il à nos confrères. "Et psychologiquement aussi, c'est très difficile de ne pas l'oublier. C'est à vie". L'agression l'a fait "beaucoup réfléchir" sur son avenir professionnel.

Les cinq agresseurs, âgés de 15 à 19 ans, ont été mis en examen. L'un d'eux est actuellement en détention provisoire, un autre en maison de correction. Mais pour Louis, cela ne suffit pas. "La prison ne fait plus peur. Donc si elle ne fait plus peur, le policier ne fait plus peur, ça devient de plus en plus violent", déplore-t-il, pointant un sentiment d'impunité chez les jeunes.

«Je pense qu'un policier, c'est le défouloir de la France»

Le fonctionnaire dénonce également une haine grandissante envers les policiers. "Je pense qu'un policier, c'est le défouloir de la France. On veut s'attaquer à l'État, mais comme c'est difficile à l'atteindre, ils s'attaquent aux institutions de l'État", analyse-t-il. "Avant d'être fonctionnaire de l'État, on est des humains, on a une famille et moi, je n'ai pas envie de laisser des orphelins et une veuve. À l'époque, un policier était respecté, aujourd'hui on ne l'est plus. On a peur de dire qu'on est policier".

En 2024, 17 policiers ont été agressés physiquement chaque jour en moyenne, soit plus de 6000 fonctionnaires par an selon le ministère de l'Intérieur. Un chiffre en hausse de 13% par rapport à l'année précédente.