Affaire Jubillar : «Il a sali Delphine», l'amant de la victime sort du silence après les aveux

Pour la première fois depuis les aveux de Cédric Jubillar, celui que la presse surnomme "l'amant de Montauban" a accepté de s'exprimer. Dans un entretien au Parisien, il dénonce un récit "grotesque" et affirme y déceler les indices d'un crime prémédité.
Affaire Jubillar : «Il a sali Delphine», l'amant de la victime sort du silence après les aveux
Delphine Jubillar a disparu dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020. (Facebook)
Par Actu17
Le vendredi 24 juillet 2026 à 18:05

Donat-Jean, l'homme qui entretenait une relation avec Delphine Jubillar au moment de sa disparition, a contesté point par point la version livrée par Cédric Jubillar lors de ses aveux, dans un entretien ce jeudi au Parisien. Partie civile dans le dossier, il estime que le meurtre de la mère de famille a été prémédité et rejette la thèse du "crime passionnel" avancée par la défense de l'homme condamné en première instance. Il s'exprime pour la première fois depuis les aveux de début juillet et la découverte, le 16 juillet à Mailhoc (Tarn), sur les indications de Cédric Jubillar, d'ossements formellement identifiés comme étant ceux de la disparue.

Âgé de 45 ans et originaire de Montauban (Tarn-et-Garonne), il avait rencontré Delphine Jubillar au cours de l'été 2020 par l'intermédiaire d'une application de rencontres. Leur relation, restée clandestine, s'est interrompue dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, au moment de la disparition de l'infirmière de Cagnac-les-Mines. S'il reprend la parole aujourd'hui, après un premier témoignage au même quotidien en juin 2021, c'est qu'il ne peut pas laisser ces aveux sans réponse, "tant ils me paraissent malhonnêtes et empreints d'une grande perversion".

Il décrit ensuite le choc provoqué par le résultat des fouilles. La restitution seulement partielle du corps a laissé, selon lui, "un goût terriblement amer" à la famille comme à lui-même. Il accuse Cédric Jubillar d'avoir "sali" son épouse "avant son passage à l'acte, pendant et même après". "Je savais que Cédric Jubillar était un monstre, mais pas à ce point-là", confie-t-il au Parisien.

C'est sur les conditions de dissimulation du corps qu'il fonde sa conviction d'un crime prémédité. Il relève que Cédric Jubillar est encore capable, cinq ans et demi après les faits, de réaliser un "croquis précis du champ". Le signe, selon lui, qu'il n'avait pas choisi cet endroit "de manière hasardeuse" : un lieu qu'il connaît "parfaitement" et qu'il "a dû repérer en amont". En enfouissant le corps dans "un milieu aussi acide qu'un tas de compost ou de fumier", il avait "l'intention très claire de la détruire", estime le témoin. "Selon moi, cela signe la préméditation de son crime", affirme-t-il.

Un récit du passage à l'acte jugé «grotesque»

Donat-Jean s'insurge ensuite contre le portrait dressé de Delphine Jubillar dans les déclarations de son mari, qui la présente comme une femme provocatrice, à l'origine de son passage à l'acte. Il se dit "effaré" par ces "prétendus aveux", qui la dépeignent "aux antipodes de sa vraie personnalité". "Elle était tout sauf provocatrice", affirme-t-il, décrivant une femme dont "discrétion, bienveillance et culture de la patience" étaient les "mots-clés". En lui attribuant des "propos humiliants et grossiers", Cédric Jubillar chercherait à la faire passer "pour une mauvaise personne". Or elle n'était "ni vulgaire ni démonstrative", poursuit-il, elle qui savait "à quel point Cédric pouvait être colérique et partir au quart du tour".

Il conteste également le déroulé du passage à l'acte tel que le condamné l'a raconté aux enquêteurs. Cédric Jubillar a évoqué une strangulation commise en regardant ses pieds, pour ne pas croiser le regard de son épouse, "comme s'il avait étranglé un pantin". "C'est grotesque", tranche Donat-Jean, pour qui Delphine Jubillar a "forcément tenté de se défendre, de se débattre, de survivre". Elle lui a "probablement donné des coups aussi, des griffures peut-être", estime-t-il, mais de tout cela, "Cédric Jubillar n'en parle pas dans ses aveux".

Sur la soirée du 15 décembre 2020, il indique avoir échangé des messages avec Delphine Jubillar sur Snapchat. "Nous nagions en plein bonheur", se souvient-il, alors que les deux commençaient à discuter de leur future vie commune. "Il n'y avait pas un nuage à l'horizon", assure le témoin, qui affirme qu'à aucun moment elle ne lui a parlé d'un danger ou d'une menace ce soir-là. L'ambiance y était "lourde depuis plusieurs semaines", depuis qu'elle avait annoncé son envie de divorcer, "mais pas spécialement ce soir-là". Il ne pense pas non plus qu'elle ait parlé de leur relation à son mari : "En revanche, elle lui a peut-être dit qu'elle allait partir."

Le «crime passionnel» rejeté par la partie civile

L'homme rejette enfin la qualification de "crime passionnel", avancée le 6 juillet lors d'une conférence de presse à Toulouse (Haute-Garonne) et déjà vivement critiquée par les conseils des parties civiles. "Ce n'est en rien, comme a osé le dire l'un de ses nouveaux avocats, un crime 'passionnel', si cette notion veut encore dire quelque chose", oppose-t-il, y voyant pour sa part "le geste possessif d'un homme qui refuse que l'autre existe sans lui". "Il n'y a aucun amour là-dedans, seulement la volonté de posséder et de garder le contrôle."

Constitué partie civile, Donat-Jean dit espérer "que d'autres investigations soient entreprises" pour compléter les recherches, tout en se préparant à ce que la vérité complète ne soit jamais établie. Il faudra probablement se contenter "des cartes que Cédric voudra bien nous donner", glisse-t-il. Il dit aussi penser aux enfants du couple, à qui il se tiendra "toujours à leur disposition" s'ils souhaitent un jour l'interroger.

Le procès en appel de Cédric Jubillar, condamné en octobre 2025 à 30 ans de réclusion criminelle par la cour d'assises du Tarn, à Albi, devait s'ouvrir le 21 septembre. La présidente de la cour d'assises de la Haute-Garonne a décidé le 21 juillet de le renvoyer au premier semestre 2027, le temps de mener les investigations engagées depuis les aveux. "Quand on est face à un monstre pareil, c'est difficile de trouver des mots", confie Donat-Jean. Mais s'il croise Cédric Jubillar à la barre, il aura "certainement envie de lui dire quelque chose".