Le mercredi 13 mai 2026 à 17:10
Le parquet général a requis sept ans d'emprisonnement, 300 000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité à l'encontre de Nicolas Sarkozy, ce mercredi 13 mai, dans le cadre du procès en appel sur les soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. Des réquisitions strictement identiques à celles formulées par le Parquet national financier en première instance, soit deux ans de plus que la peine finalement prononcée par le tribunal correctionnel de Paris.
Au terme de huit semaines de débats devant la cour d'appel de Paris et à l'issue d'un réquisitoire étalé sur trois jours, le trio d'avocats généraux a dévoilé en fin d'après-midi les peines réclamées contre l'ancien chef de l'État et ses neuf coprévenus. Le ministère public a demandé aux juges de déclarer Nicolas Sarkozy coupable de l'intégralité des faits qui lui sont reprochés, y compris la corruption et le financement illégal de campagne, dont il avait été relaxé en première instance. Seule la condamnation pour association de malfaiteurs avait alors été retenue, le 25 septembre 2025, le tribunal le condamnant à cinq ans de prison ferme. L'avocat général n'a, à l'inverse, pas requis l'exécution provisoire à l'encontre de Nicolas Sarkozy, contrairement au jugement de première instance.
Six ans requis contre Claude Guéant, quatre ans contre Brice Hortefeux
L'avocat général Rodolphe Juy-Birmann a également réclamé six ans d'emprisonnement et 100 000 euros d'amende à l'encontre de Claude Guéant, ex-bras droit de Nicolas Sarkozy et ancien secrétaire général de l'Élysée, assortis de la confiscation de l'un de ses appartements. L'ancien ministre, dont l'état de santé l'a empêché d'assister au procès en appel, "a piétiné la chose publique" et "a catalysé les actions illégales des prévenus en dévoyant les moyens de l'État", a estimé le magistrat.
Contre Brice Hortefeux, ancien ministre de l'Intérieur, le parquet général a requis une peine légèrement alourdie de quatre ans d'emprisonnement, dont deux ans avec sursis. Le ministère public a demandé que la partie ferme soit aménagée sous bracelet électronique, avec exécution provisoire. Éric Woerth, ancien trésorier de la campagne présidentielle de 2007 et jugé en appel pour complicité de financement illégal de campagne, est quant à lui visé par une réquisition de dix mois de prison avec sursis et 3 000 euros d'amende.
Un «accord» avec Mouammar Kadhafi, selon le parquet général
Pendant trois jours de réquisitoire, le ministère public a tenté de convaincre la cour d'appel de l'existence d'un pacte conclu entre Nicolas Sarkozy, qui occupait à l'époque la place Beauvau dans le gouvernement de Jacques Chirac, et le régime libyen. L'avocat général Damien Brunet a affirmé qu'"il a bien existé un accord entre Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi aux termes duquel, en récompense des fonds versés par le régime libyen, Nicolas Sarkozy et Claude Guéant devaient entamer des démarches qui visaient la levée du mandat d'arrêt visant Abdallah Senoussi", beau-frère du dictateur libyen et recherché par la justice française.
Selon l'accusation, ces manœuvres frauduleuses auraient conduit à "vicier le financement de l'élection suprême de la Ve République". Le ministère public fonde son raisonnement sur deux entrevues organisées discrètement à la fin de l'année 2005 en Libye. Claude Guéant et Brice Hortefeux y ont rencontré Abdallah Senoussi, un haut dignitaire du régime déjà visé par la justice française : il avait été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, en son absence, pour avoir ordonné l'attentat du DC-10 d'UTA. L'explosion de l'appareil au-dessus du désert du Ténéré, en 1989, avait coûté la vie à 170 personnes, dont 54 ressortissants français. Dans les mois suivant ces rencontres, le régime libyen aurait fait parvenir 6 millions d'euros sur les comptes de l'intermédiaire Ziad Takieddine, présent lors des entrevues occultes.
S'agissant du chef de corruption, le ministère public a estimé que Nicolas Sarkozy était bien "dépositaire de l'autorité publique" au moment des faits, contrairement à l'analyse retenue en première instance. "C'est cette qualité qui lui a permis de se crédibiliser auprès des Libyens, tantôt ministre de l'Intérieur, tantôt président de la République", a soutenu Damien Brunet, qui a désigné l'ancien chef de l'État comme "l'instigateur" du pacte de corruption. "Nicolas Sarkozy est celui sans qui toutes ces rencontres, tous ces transferts de fonds n'auraient aucun intérêt", a-t-il lancé aux juges.
À l'issue de l'audience, Christophe Ingrain, l'un des avocats de Nicolas Sarkozy, a réagi devant la presse. "Les réquisitions du parquet général sont strictement identiques à celles du PNF, nous démontrerons lors de nos plaidoiries la parfaite innocence de Nicolas Sarkozy. Il n'y a pas d'argent libyen dans sa campagne, dans son patrimoine, il n'y a pas de financement par la Libye, pas d'enrichissement de Nicolas Sarkozy par la Libye. Nicolas Sarkozy est innocent et nous le démontrerons dans quinze jours", a-t-il déclaré.
À la suite de sa condamnation en première instance, Nicolas Sarkozy était devenu le premier ancien président écroué dans l'histoire de la République, passant vingt jours à la prison de la Santé avant sa libération sous contrôle judiciaire dans l'attente du procès en appel.
L'audience doit prendre fin d'ici une quinzaine de jours, à l'issue des plaidoiries des conseils des dix mis en cause. La cour d'appel de Paris doit rendre son arrêt le 30 novembre 2026. En cas de condamnation, Nicolas Sarkozy, âgé de 71 ans, pourra se pourvoir en cassation. Deux autres procédures se sont déjà soldées par une condamnation définitive de l'ex-président : le dossier dit des écoutes ainsi que l'affaire Bygmalion, liée aux dépenses de sa campagne de 2012.